Lauréate du Prix Horizon 2026
Zineb Mekouar, auteure du roman « Souviens-toi des abeilles » a remporté le Prix Horizon 2026 lors de la journée d’échanges qui s’est déroulée à Marche-en-Famenne en Belgique le 16 mai dernier.
Prix Horizon
Pour rappel, le Prix Horizon récompense tous les deux ans l’auteur(e) d’un second roman de langue française. Ce prix peut être attribué à tout écrivain francophone qui est auteur d’un deuxième roman publié à compte d’éditeur.
Cinq livres sont sélectionnés par un jury de professionnels, présidé par Armel Job. Le lauréat est désigné par le vote des lecteurs, regroupés en comités, lors d’une journée organisée à Marche-en-Famenne au cours de laquelle il est possible d’échanger avec les cinq écrivains candidats.
Échanges avec les écrivains
J’ai eu l’occasion et le privilège de participer aux échanges entre les lecteurs et les cinq écrivains en lice. En voici quelques souvenirs et photos :
Benjamin de Laforcade pour « Berlin pour elles »
Dans son récit, l’auteur n’a pas voulu décrire la vie de gens de l’Est qui souhaitent à tout prix s’enfuir de la RDA. Il préférait se concentrer sur des personnes qui veulent tout simplement choisir et vivre librement leur vie, religion, sexualité et amitié, sans être constamment sous surveillance.
Benjamin de Laforcade s’est inspiré de faits réels, de rapports inofficiels de la Stasi. Il a voulu dénoncer l’absurdité des régimes totalitaires qui laissent mourir de jeunes enfants sans bouger, en référence au petit Turc tombé dans la rivière entre les deux zones et que personne n’a sauvé par respect pour des règles injustes en vigueur.
L’auteur est d’avis qu’il faut « agir pour produire des règles plus justes afin d’éviter la pérennité de règles injustes ».
Ketty Rouf pour « Mère absolument »
L’auteure d’origine italienne décrypte dans son roman la thématique du rapport au corps, outil de pouvoir parfois abusif.
Le pouvoir de la procréation n’est plus aux mains des hommes, comme par le passé. Ketty Rouf dresse ici un état des lieux de ce pouvoir, désormais aux mains des femmes, et pose la question des garde-fous éthiques et physiques de la procréation et du désir d’enfant.
Lors de cet échange très intéressant, beaucoup de témoignages personnels touchants ont été relatés par les lecteurs.
Marie Mangez pour « Les vérités parallèles »
Comment est-il possible de « mentir vrai » ? Telle est la thématique de ce roman très addictif de Marie Mangez. L’auteure y relate la difficile coexistence de deux vérités parallèles, de deux réalités qui appartiennent à des registres différents, celle du journaliste et celle du romancier. Le protagoniste, en imposteur sincère, se trompe de registre, mais sans jamais avoir le courage de modifier son parcours. Et sa plume de romancier sous couvert de journaliste remporte un vif succès, preuve que le lectorat adore qu’on lui raconte des histoires.
Marie Mangez fait ici l’éloge de notre besoin de fiction, tout en soulignant le déni de la fiction qui s’impose à nous.
Claire Vesin pour « Le lotissement »
L’auteure a elle-même grandi au sein d’un lotissement dans les années 80. Elle a voulu mettre en scène son récit à une époque où Internet et les réseaux sociaux n’existaient pas encore.
S’inspirant du mécanisme du roman choral, elle relate son histoire comme un puzzle pour mettre peu à peu en place les morceaux qui ont abouti au drame décrit dès les premières pages. Mais, comme bien souvent, la vérité n’est pas unique et comporte de nombreuses facettes.
Son récit évoque la responsabilité collective au sein de laquelle se dilue la responsabilité individuelle des protagonistes. Le lotissement agit comme un filtre protecteur tout en emprisonnant et en détruisant l’âme individuelle.
Zineb Mekouar pour « Souviens-toi des abeilles »
Zineb Mekouar, lauréate du Prix Horizon 2026, a ému ses lecteurs en apportant de la douceur et de la poésie dans la tragédie de son récit.
Avec une écriture charnelle et sensorielle, elle dénonce le sort miséreux des enfants dans les campagnes marocaines. La capacité de résilience et d’émerveillement dont fait preuve le jeune protagoniste rend la situation dramatique de sa famille d’autant plus émouvante.
And the winner is…
Félicitations à la lauréate Zineb Mekouar, sans oublier toutefois les autres candidats ! Il faut dire que les cinq romans en lice méritaient tous de gagner cette année.
Cette journée d’échanges littéraires restera pour moi une expérience enrichissante à de nombreux égards. Les interventions des lecteurs démontrent qu’un roman peut toucher de diverses manières selon les individus. Bien souvent l’écrivain lui-même est surpris des réactions que son histoire provoque.
Ceci témoigne encore et toujours du pouvoir multiple en termes de réflexion, de bien-être et d’empathie qu’engendre la littérature.
Rendez-vous dans deux ans pour un nouveau Prix Horizon !!













