La femme silencieuse
Véritable coup de cœur pour le roman très éclairant de Kerry Fisher, dont la traduction française « La femme silencieuse » par Barbara Picano-Nacci est parue en août 2025 aux Éditions du Coq Noir.
Résumé de « La femme silencieuse »
« La femme silencieuse » est racontée à deux voix, celles de deux belles-filles qui ont intégré par leur mariage une famille aisée d’origine italienne, établie au Royaume-Uni.
De nature ouverte et généreuse, Maggie, seconde épouse de Nico, se voit pourtant rejetée par sa belle-fille dont la mère est décédée récemment. Bien qu’elle essaie tant bien que mal de se rapprocher de cette dernière, Maggie est soudain confrontée à un terrible secret qu’elle ne peut divulguer au risque de provoquer davantage de peine chez ses proches.
Lara est également entrée dans la famille comme seconde épouse du fils aîné Massimo, un homme charismatique et admiré de tous. Épouse et mère modèle, la très réservée et distante jeune femme dissimule pour sa part aux yeux du monde l’aspect tyrannique et manipulateur de son époux dont elle et son jeune fils font quotidiennement les frais en privé.
Comment ces deux femmes aux caractères opposés pourront-elles faire face au poids du silence pour éviter le pire ?
Le poids du silence
Dans ce récit bien ficelé et agréable à lire, j’ai surtout apprécié la façon très subtile avec laquelle l’auteure anglaise met en lumière les raisons qui poussent une femme à se taire et à ne pas dévoiler sa souffrance quotidienne tout en adoptant les apparences d’une épouse comblée.
La confiance de Lara est tellement ébranlée par son mari qu’elle doute d’elle-même et n’ose pas confier ce qu’elle endure :
C’est tellement grotesque que j’ai honte. Honte de rester avec ce monstre égoïste, violent, et si pathétiquement sûr de lui. Hier, l’espace d’un instant, j’ai pensé à me confier à Maggie. Mais comment lui avouer ce que je vis sans avoir à me justifier de rester malgré tout ? Elle m’aurait prise pour une pauvre fille, et elle aurait eu raison. Je suis une pauvre fille.
Extrait du roman « La femme silencieuse » de Kerry Fisher
Le lecteur suit l’évolution des pensées de cette femme meurtrie et rabaissée en espérant qu’elle aura le courage de s’en sortir pour redécouvrir sa valeur et ses qualités.
Quant aux réflexions de Maggie, elles sont d’abord biaisées en ce qui concerne le couple Lara-Massimo et reflètent ce que l’entourage ne peut que percevoir lorsque rien ne filtre.
Ma belle-soeur est ce que ma mère appelle : « un aspirateur à bonne humeur » : toujours l’air d’attendre la pluie, même quand le ciel est parfaitement bleu. Pourtant, Massimo semble l’adorer. Il suffit qu’elle lui apporte une tasse de thé pour qu’il lui glisse un « je t’aime » d’un ton éperdu, comme si elle venait de lui sauver la vie.
Extrait du roman « La femme silencieuse » de Kerry Fisher
Violence domestique sous silence
Il est difficile pour une femme de trouver le geste libérateur qui permet de reprendre le contrôle de sa vie lorsqu’elle est emprisonnée dans un cercle de violence conjugale.
Le roman « La femme silencieuse » permet de se rendre compte des travers qui s’installent de façon insidieuse dans le quotidien de la victime.
L’analyse des personnages est orchestrée avec réalisme et finesse. La tension psychologique qui émane du récit maintient en haleine et ne donne pas envie d’interrompre la lecture.
Mais tout reste possible, car comme l’a confié Kerry Fisher dans une interview en anglais, elle aime apporter de l’espoir dans ses romans, même si la réalité est parfois moins conciliante.
Journée internationale contre les violences faites aux femmes
De nombreuses mobilisations et manifestations sont organisées cette semaine dans le cadre de la journée internationale pour l’élimination de la violence à l’égard des femmes.
Le roman « La femme silencieuse » aborde cette thématique sous le prisme de la violence conjugale.
Sa lecture permet de donner aux victimes non seulement une voix pour faire comprendre le tourment de leur quotidien, mais également une note d’espoir qui prend ici la forme de l’amitié et de l’amour sincère.
Un récit bienfaisant, à n’en pas douter !
Félicitations pour le travail de traduction
Le roman « La femme silencieuse » publié aux Éditions du Coq Noir est la traduction de l’œuvre de la romancière anglaise Kerry Fisher « The Silent Wife », publiée en 2017 et qui s’est vendue « à plus de 700 000 exemplaires outre-manche ».
Un grand bravo au travail de la traductrice Barbara Picano-Nacci dont la plume francophone rend pleinement justice au succès de l’œuvre originale.





2 commentaires
Light And Smell
Merci pour la découverte de ce roman au thème dur dont il est important de parler.
Lire pour guerir
Tout à fait d’accord. Merci pour ton message 😊