« La littérature, une réponse au désastre »
L’essai encourageant de Myriam Watthee-Delmotte, publié en 2025 par l’Académie royale de Belgique, confirme le pouvoir bienfaisant de la littérature.
« La littérature, une réponse au désastre »
Directrice de recherches du FNRS et professeure émérite à l’UCLouvain où elle a fondé le Centre de recherche sur l’imaginaire et le Fonds Henry Bauchau, Myriam Watthee-Delmotte met en lumière le rôle de la littérature face au « désastre », à savoir face à l’impossibilité d’avenir et d’espoir.
La littérature dans son rôle de « témoin »
Dans la première partie de son essai, l’auteure nous éclaire sur la fonction essentielle de « témoins » qu’ont toujours endossée les hommes/femmes de lettres, d’abord en tant que « chœur » dans la tragédie antique, ensuite en tant que témoins de l’extérieur, de l’intérieur ou en tant que témoins imaginaires.
L’écrivain en posture de témoin effectif ou imaginaire modifie la situation de par sa parole même, qui donne accès à ce qui restait hors-champ. […] La littérature nous enseigne que le sens n’est pas à avaler, à admettre sans recul, mais à questionner et à construire avec nuance, subtilité, sensibilité et humanité.
Extrait de l’ouvrage de Myriam Watthee-Delmotte « La littérature, une réponse au désastre »
Les moyens d’action de la littérature
Prenant comme exemple le livre « Le lambeau » de Philippe Lançon, Myriam Watthee-Delmotte nous explique comment la littérature permet grâce à la symbolisation de donner corps et âme à la traversée de la douleur.
Pour l’auteure, le champ de vision qu’offre la littérature se distingue de l’actualité médiatique, des discours politiques et historiques et de la justice, tous appelés à rendre compte de réalités factuelles. La littérature quant à elle explore la dimension intérieure qui élargit la vision du lecteur.
L’attrait de la fiction vient aussi du fait qu’elle offre une bouffée d’oxygène qui manque au réel et apporte ainsi du rêve et de l’énergie au lecteur pour affronter la réalité. Grâce à sa mise en forme qui devient jeu littéraire, elle éveille notre capacité d‘enchantement.
Selon Myriam Watthee-Delmotte, la littérature donne l’occasion d’un échange, au-delà des limites du temps et de l’espace, entre l’auteur et son lecteur en proposant un lieu de liberté, aussi bien pour l’écriture que pour la lecture.
La littérature appelle en effet à faire une place en soi pour l’autre et le complexe, et à affiner ainsi un processus d’individuation, par questionnement, réflexion, accord ou désaccord, réajustement, repositionnement plus lucide ou gorgé de plus d’énergie.
Extrait de l’ouvrage de Myriam Watthee-Delmotte « La littérature, une réponse au désastre »
Les bienfaits de la littérature
Myriam Watthee-Delmotte est convaincue des bienfaits de la littérature, à condition toutefois d’investir une part essentielle de sa présence dans la lecture.
La littérature offre diverses sources de redynamisation, stimule notre esprit par ses innombrables ressources linguistiques, permet de mieux comprendre, mais aussi de douter et de raisonner autrement. Elle nous offre la possibilité d’élargir notre connaissance de la réalité, de nous sentir reconnus et moins seuls. Elle favorise l’apaisement et le plaisir. Dès lors, conclut l’auteure, la littérature constitue une réponse possible au désastre.
Le pouvoir de la fiction sur la réalité
Pour Myriam Watthee-Delmotte, auteure de l’essai « La littérature, une réponse au désastre », la fiction convoque la sensibilité et atteint le grand nombre dans l’effondrement, là où les discours scientifiques requièrent l’intelligentsia pour faire sens.
Dans son roman « La Porte du ciel » (tome 2 de la série « La Traversée des temps »), Eric-Emmanuel Schmitt compare la religion et la littérature. Il en déduit que cette dernière ne prétend pas à la vérité comme la religion, mais se satisfait d’enchanter, qu’elle rassemble plutôt que de diviser et qu’elle s’adresse à l’humain au-delà des différences en le faisant exister.
Dans un article récent du magazine Psychologies par Guillaume Servant, que j’ai partagé sur mon compte Facebook, ce n’est pas la lecture d’ouvrages dits « utiles », mais bien la lecture de fictions qui est désormais considérée comme un passe-temps intelligent, un « loisir qui entraîne empathie et tolérance à l’incertitude ».
C’est donc avec plaisir et satisfaction que je constate que la lecture d’un roman acquiert de plus en plus un statut privilégié, loin du simple divertissement. L’essai « La littérature, une réponse au désastre » de Myriam Watthee-Delmotte, publié récemment et dont je vous recommande la lecture, en est la preuve.
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